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Celle qui aime le fromage et faire rire (jaune) : entretien avec l’artiste Vanda Spengler

 

http://www.lelitteraire.com/?p=31109

 

 

Vanda Spen­gler joue avec la nudité mais sans jamais s’en moquer, bien au contraire. Elle « l’utilise » sans le réduire à de la viande à fan­tasmes. L’artiste crée divers céré­mo­niaux (par­fois inquié­tants) en ins­trui­sant des liens entre l’imaginaire et le réel. Ses pho­to­gra­phies ramènent tou­jours à la sidé­ra­tion. On pense par­fois à Paso­lini. D’autant que chez elle l’image fixe recom­pose le mou­ve­ment. L’éros devient un cos­mos créé avec consi­dé­ra­tion, grâce et vio­lence. Les femmes ne sont en rien des « roses pourpres du Caire » embar­ras­sées de la lumière de lumi­gnons super­fé­ta­toires. La fête — si fête il y a –est sou­vent froide, voire une fée­rie gla­cée d’une bien autre enver­gure et pro­fon­deur. Entre les « modèles » et la créa­trice se crée un fais­ceau éner­gé­tique quasi magique. Les images intriguent. Elles créent par­fois un ravis­se­ment, par­fois une ter­reur. Mais tou­jours un recueille­ment. Le rire que Vanda Spen­gler aime pro­vo­quer n’est pas tou­jours évident. Sauf à celles et ceux qui savent « lire » — au sein même de la scé­na­ri­sa­tion d’une sin­gu­la­rité — l’épouvantable et le drôlerie.

Entre­tien :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La faim ! Si je n’avais pas un bam­bin et un emploi, je dirais que sou­vent rien ne me donne envie de me lever. Je vénère mon lit, je déteste le matin, ce qui est bien dom­mage vu la qua­lité de la lumière matinale.

Que sont deve­nus vos rêves d’enfant ?
Mes rêves de gosse se sont for­cé­ment un peu alour­dis mais ils res­tent bien ancrés en moi. Je vou­lais être réa­li­sa­trice de films et faire rire les gens. A peu de chose près, ma vie et mes rêves res­semblent encore un peu à ça.

A quoi avez-vous renoncé ?
J’ai renoncé au jusqu’au-boutisme et à une part d’insouciance peut être, à l’inconscience. Je vois le monde dans lequel je vis, je le res­sens , je ne le fan­tasme plus.

D’où venez-vous ?
Je viens d’une famille très aimante et riche humai­ne­ment. Pleine de névroses de par­tout mais ne sont-ce pas aussi nos aspé­ri­tés qui nous rendent tou­chants et vivants ?

Qu’avez-vous reçu en dot ?
Une bourse pleine d’amour et de champs des possibles.

Un petit plai­sir — quo­ti­dien ou non ?
Man­ger du fromage.

Qu’est — ce qui vous dis­tingue des autres artistes ?
J’ai déjà du mal à me défi­nir comme tel alors savoir ce qui me dis­tingue des autres… drôle de question!

Com­ment définiriez-vous votre approche du corps ?
Brute. Pri­mi­tive. Déséquilibrée.

Quelle est la pre­mière image qui vous inter­pella ?
Mon pre­mier sou­ve­nir est un sou­ve­nir dou­lou­reux : j’étais à grande vitesse sur un tour­ni­quet et je suis tom­bée. Je me suis bles­sée. Mes pre­mières images sont donc le sol qui se rap­proche de ma tête et l’aiguille qui la recoud à vif.

Et votre pre­mière lec­ture ?
“Char­lie et la cho­co­la­te­rie” de Roald Dahl je crois.

Quelles musiques écoutez-vous ?
J’écoute beau­coup de vieux tubes des années 80, plu­tôt kitch mais joyeux.

Quel est le livre que vous aimez relire ?
Je lis peu…

Quel film vous fait pleu­rer ?
“Au revoir les enfants” ou “Kra­mer contre Kramer”

Quand vous vous regar­dez dans un miroir qui voyez-vous ?
Une enfant qui ne veut pas trop grandir.

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A per­sonne. J’ai écris ce que j’avais à dire dès que j’en res­sen­tais le besoin.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ?
L’Islande pour son authen­ti­cité et sa force.

Quels sont les artistes et écri­vains dont vous vous sen­tez le plus proche ?
Je me sens sur­tout proche de l’univers de cer­tains réa­li­sa­teurs tel que Lars Von trier.
Emil Cio­ran et Charles Bukowski m’ont aidée et fas­ci­née dans ma jeunesse.

Qu’aimeriez-vous rece­voir pour votre anni­ver­saire ?
Un billet de train uti­li­sable à vie et partout.

Que défendez-vous ?
Je défends le droit de rire de tout et de défendre l’indéfendable.

Que vous ins­pire la phrase de Lacan : “L’Amour c’est don­ner quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas”?
Lacan était sans doute plus désa­busé que moi. L’amour ‚c’est trou­ver un puzzle de névroses com­pa­tibles avec les vôtres.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : “La réponse est oui mais quelle était la ques­tion ?
Ris­quer de tout vivre quoi qu’il arrive, je trouve ça courageux.

Quelle ques­tion ai-je oublié de vous poser ?
Quelle serait votre der­nier mot avant de mourir?

Pré­sen­ta­tion et entre­tien  réa­lisé par Jean-Paul Gavard-Perret pour lelitteraire.com, le 16 mai 2017.

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