{"id":369,"date":"2016-03-02T11:38:24","date_gmt":"2016-03-02T11:38:24","guid":{"rendered":"http:\/\/vandaspengler.com\/?p=369"},"modified":"2018-04-16T10:23:49","modified_gmt":"2018-04-16T10:23:49","slug":"liberation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/vandaspengler.com\/index.php\/2016\/03\/02\/liberation\/","title":{"rendered":"Lib\u00e9ration"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft\" src=\"http:\/\/s1.libe.com\/bloom\/theme\/img\/logo-liberation-311x113.png\" alt=\"\" width=\"138\" height=\"50\" \/><a href=\"http:\/\/sexes.blogs.liberation.fr\/2014\/04\/07\/ceci-nest-pas-du-cul\/\" target=\"_blank\">http:\/\/sexes.blogs.liberation.fr\/2014\/04\/07\/ceci-nest-pas-du-cul\/<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p class=\"p2\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\"><b>Ceci n&rsquo;est pas du cul<\/b><\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s2\">Par\u00a0<\/span><span class=\"s1\">Agn\u00e8s Giard\u00a0 (7 avril 2014)<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\">\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-243\" src=\"http:\/\/vandaspengler.com\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/blocs-de-chair-10-592x400.jpg\" alt=\"blocs de chair 10\" width=\"704\" height=\"476\" srcset=\"https:\/\/vandaspengler.com\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/blocs-de-chair-10-592x400.jpg 592w, https:\/\/vandaspengler.com\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/blocs-de-chair-10-296x200.jpg 296w, https:\/\/vandaspengler.com\/wp-content\/uploads\/2016\/02\/blocs-de-chair-10.jpg 888w\" sizes=\"auto, (max-width: 704px) 100vw, 704px\" \/><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\">Illustration : Vanda Spengler.<\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\">\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Vanda Spengler photographie des corps nus depuis environ douze ans, mais son travail n\u2019a rien d\u2019\u00e9rotique, dit-elle. Elle affiche ses photos dans des lieux publics, lors d\u2019expositions pirates, pour confronter les gens \u00e0 cette question : que d\u00e9voile REELLEMENT la nudit\u00e9 ? <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">\u00ab\u00c7a te provoque, toi ?\u00bb. Une femme se tourne vers son mari qui hausse les \u00e9paules : \u00abNon.\u00bb \u00abJe ne pense pas qu\u2019il y ait un impact sexuel\u00bb, conclut la femme qui vient de regarder attentivement les photos. La sc\u00e8ne se d\u00e9roule devant le Mus\u00e9e Pompidou. Vanda Spengler y a plant\u00e9 un petit portique \u00e0 roulettes qu\u2019elle appelle \u00abexpo-mobile\u00bb et sur lequel sont suspendues des photos qui font tourner l\u2019\u0153il aux passants. Certains, bravement, approchent, attir\u00e9s par ces images de grappes d\u2019hommes et de femmes enchev\u00eatr\u00e9s ou entass\u00e9s dans des d\u00e9cors urbains d\u00e9sert\u00e9s\u2026 Les corps sont photographi\u00e9s en amas et les s\u00e9ances se d\u00e9roulent g\u00e9n\u00e9ralement \u2014sans aucune demande d\u2019autorisation\u2014 sur des quais, dans des halls de gares, des parkings ou des caves d\u2019immeuble. Il se d\u00e9gage de ces clich\u00e9s une beaut\u00e9 un peu effrayante, n\u00e9e du contraste entre l\u2019aspect presqu\u2019animal de ces anatomies tordues, rampantes ou convuls\u00e9es dans le b\u00e9ton et le d\u00e9cor \u00e0 l\u2019aspect cauchemardesque : villes mortes, souterrains mal \u00e9clair\u00e9s\u2026 Spectacle qui n\u2019est pas sans rappeler certains films d\u2019horreur.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">\u00abSes images ne laissent pas indiff\u00e9rent. Elles produisent adh\u00e9sion enthousiaste, ou rejet violent. Elles interrogent leurs propres commentaires et ce dialogue fait partie int\u00e9grante du travail de Spengler. Ainsi, elle se demande pourquoi certains voient dans ses photos un regard sur le sexe, alors que c\u2019est le corps qui l\u2019int\u00e9resse ?\u00bb. Pour le r\u00e9alisateur Antoine Desrosi\u00e8res (1) ce que Vanda met \u00e0 nu \u2014par corps interpos\u00e9s\u2014 c\u2019est avant tout sa propre psych\u00e9. Dans un documentaire intitul\u00e9 Vanda Spengler\u2026 aura ta peau, projet\u00e9 en avant-premi\u00e8re le mercredi 9 avril, \u00e0 Paris, il d\u00e9voile habilement l\u2019aspect noir, voire tortur\u00e9, de cette photographe. \u00abD\u2019apr\u00e8s elle, le regard que l\u2019on porte sur le nu interroge la relation que l\u2019on porte \u00e0 nos corps, et n\u2019y voir que le sexe parlerait des limites de notre culture. Ainsi, Spengler est publi\u00e9e dans des livres repr\u00e9sentant l\u2019\u00e9lite des photographes \u00e9rotiques (deux \u00e9ditions du Mammoth Book of the new erotic photography), et elle ne le comprend pas, pensant que la nudit\u00e9 ne saurait suffire \u00e0 faire l\u2019\u00e9rotisme, elle qui ne travaille pas sur le d\u00e9sir \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Non, Vanda ne travaille pas sur le d\u00e9sir, mais sur ce qu\u2019il recouvre et dissimule en ses tr\u00e9fonds. Ses photos pourraient s\u2019intituler, pour parodier Magritte : \u00abCeci n\u2019est pas du cul.\u00bb Quoi donc alors ? \u00abMoi, j\u2019ai grandi dans une dr\u00f4le de famille, r\u00e9pond-t-elle. Mon p\u00e8re est \u00e9diteur de litt\u00e9rature \u00e9rotique. Ma grand-m\u00e8re est R\u00e9gine Deforges, la premi\u00e8re femme \u00e9diteur en France \u2014elle ne dirait certainement pas \u00e9ditrice\u2014, elle aurait trouv\u00e9 \u00e7a con. Elle a eu beaucoup de soucis avec la censure parce qu\u2019elle a publi\u00e9 Histoire d\u2019O et des romans qui \u00e9taient soi-disant inacceptables \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Si j\u2019avais fait des photos \u00e9rotiques finalement, j\u2019aurais suivi la tradition familiale. Mais non. Je fais du nu. Et ce n\u2019est pas parce qu\u2019il y a du nu qu\u2019il y a lien possible avec l\u2019\u00e9rotisme ou la sexualit\u00e9. Le nu pour moi c\u2019est juste \u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9tat primitif. Je parle du caract\u00e8re brut de ce qu\u2019on est, donc moi en fait je m\u2019en fous du cul.\u00bb Ceci n\u2019est pas du cul, mais de la violence nue\u2026 la violence de ce refoulement collectif qui consiste \u00e0 faire semblant d\u2019\u00eatre humain.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Pourquoi portons-nous des v\u00eatements ? Pourquoi est-il si important d\u2019avoir l\u2019air cultiv\u00e9, sociable, polic\u00e9 ? Il s\u2019agit de masquer ces \u00abpens\u00e9es parasite\u00bb, ainsi que les nomme Vanda -pulsions de meurtre ou de suicide- qui nous habitent et parfois prennent corps. Voil\u00e0 pourquoi les soci\u00e9t\u00e9s humaines interposent entre la chair et nous ces filtres culturels que sont les parures, les sourires ou les conventions corporelles. Vanda n\u2019en veut pas. \u00abMarion c\u2019est trop joli !, dit-elle \u00e0 une mod\u00e8le qui prend la pause. Un peu plus moche voil\u00e0.\u00bb Il s\u2019agit pour elle de montrer des \u00ab\u00eatres qui s\u2019entre-d\u00e9vorent, tellement nombriliques et \u00e9gocentriques,<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>avec beaucoup d\u2019avidit\u00e9 et de d\u00e9sespoir par cons\u00e9quent : on n\u2019est jamais satisfait et il y a cette esp\u00e8ce de sentiment, un n\u00e9ant de manque de quelque chose que je ne peux d\u00e9finir.\u00bb Du magmas des postures, Vanda fait \u00e9merger une forme de v\u00e9rit\u00e9 troublante \u00e0 voir. Lorsqu\u2019elle dirige ses mod\u00e8les, elle dit qu\u2019elle veut \u00abdes contorsionnements\u00bb ou des \u00abmouvements larvaires\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">\u00abJ\u2019aime cette id\u00e9e de corps unique que forment plein de corps ensemble.\u00bb Pour elle, tout aurait commenc\u00e9 avec le film Human Centip\u00e8de, \u00abHuman Centip\u00e8de 2, je tiens \u00e0 le pr\u00e9ciser. C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un psychotique. Son r\u00eave ultime c\u2019est de coller les gens les gens les uns aux autres \u00e0 quatre pattes, bouche contre anus.\u00bb Pour Vanda, il n\u2019y a pas de gens devant son appareil, mais \u00abun beau tas de corps.\u00bb<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>Ces corps sont-ils vivants ou morts ? S\u2019agit-il d\u2019\u00eatres humains ou d\u2019\u00e2mes assassin\u00e9es ? \u00abVanda incarne ses fant\u00f4mes\u00bb, sugg\u00e8re Antoine Desrosi\u00e8res qui voit dans son travail un processus de d\u00e9pouillement par progressif\u2026 arrachement.<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0 <\/span>En 2007, pour faire la couverture d\u2019un livre \u00e9crit par un m\u00e9decin l\u00e9giste (La parole est au cadavre), Vanda s\u2019est volontairement plong\u00e9e dans l\u2019univers des morgues. En 2012, lorsqu\u2019elle est tomb\u00e9e enceinte, elle s\u2019est prise en photo nue dans une s\u00e9rie baptis\u00e9e \u00abLa bestiole\u00bb, consacr\u00e9e au d\u00e9sordre provoqu\u00e9 par cette intrusion. Sur les clich\u00e9s, on la voit seule, ou d\u00e9doubl\u00e9e, se contemplant elle-m\u00eame avec une sorte de m\u00e9lancolie : un \u00eatre comme venu d\u2019ailleurs gonfle son ventre. Telles sont les pulsions qui nous habitent. Et qu\u2019il nous faut mettre au monde, afin de devenir plus humain ?<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\">\n<p class=\"p3\"><em><span class=\"s1\">\u00abVanda Spengler\u2026 aura ta peau\u00bb, documentaire d\u2019Antoine Desrosi\u00e8res.<\/span><\/em><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">(1) Antoine Desrosi\u00e8res a consacr\u00e9 7 mois de tournage \u00e0 la r\u00e9alisation de ce documentaire, en 2013.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\">\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Agn\u00e8s Giard. Auteure de livres, journaliste et docteur en anthropologie, Agn\u00e8s Giard a d&rsquo;abord travaill\u00e9 sur les nouvelles technologies, les artistes underground et la culture populaire japonaise avant de s&rsquo;int\u00e9resser aux sexualit\u00e9s. En 2000, elle devient correspondante du magazine japonais SM Sniper et y collabore pendant plus de dix ans. En 2003, elle publie un livre d&rsquo;art au Japon : Fetish Mode puis entame une s\u00e9rie de recherches qui seront publi\u00e9s en collaboration avec des artistes contemporains japonais tels que Tadanori Yokoo, Makoto Aida, Toshio Saeki, etc. Son premier ouvrage, L&rsquo;Imaginaire \u00e9rotique au Japon, traduit en Japonais, est class\u00e9 au 4e rang des meilleures ventes de livres \u00e9trangers. Suivent un dictionnaire (Dictionnaire de l&rsquo;amour et du plaisir au Japon) puis un livre de design r\u00e9pertoriant objets de culte, gadgets et sextoys \u00e9tonnants (Les Objets du d\u00e9sir au Japon). Agn\u00e8s Giard publie ensuite, gr\u00e2ce \u00e0 la Villa Kujoyama, une anthologie critique : Les histoires d&rsquo;amour au Japon. Des mythes fondateurs aux fables contemporaines. Le prochain livre \u00e0 para\u00eetre \u2013 fruit de trois ans d&rsquo;enqu\u00eate dans le cadre d&rsquo;un doctorat \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Nanterre \u2013 portera sur les love dolls\u2026 pr\u00e9lude \u00e0 de nouvelles recherches sur le lien entre les poup\u00e9es, l&rsquo;amour et la m\u00e9moire au Japon. Agn\u00e8s Giard est maintenant chercheuse rattach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Paris Ouest, laboratoire Sophiapol (EA 3932), groupe de recherches \u00ab\u00a0socio-anthropologie de la sexualit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>http:\/\/sexes.blogs.liberation.fr\/2014\/04\/07\/ceci-nest-pas-du-cul\/ &nbsp; &nbsp; Ceci n&rsquo;est pas du cul Par\u00a0Agn\u00e8s Giard\u00a0 (7 avril 2014) Illustration : Vanda Spengler. Vanda Spengler photographie des corps nus depuis environ douze ans, mais son travail n\u2019a rien d\u2019\u00e9rotique, dit-elle. 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