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Sillons

« Si l’idée de l’arbitraire et de l’aspect culturel du « beau » paraît être un lieu commun d’une grande banalité, nous n’en restons pas moins les esclaves vaincus et soumis à des canons et à une restriction des formes acceptables.
Tout le travail de Vanda Spengler, et peut-être encore davantage cette présente série, porte sur l’exploration et le questionnement de ces frontières tyranniques entre le convenable et l’obscène, entre le montrable et l’immontrable, entre le beau et le laid.
En montrant et en théâtralisant des corps altérés dans leur chair ou dans leurs postures, Vanda force notre regard sur la réalité de notre nature, elle nous accompagne dans l’acceptation de la matière peau en tant qu’objet imparfait, mortel, vivant.
En travaillant à l’éclatement des beautés lisses, parfaites et despotiques qui nous aliènent, elle nous rend un regard tendre sur nos corps imparfaits, comme le début d’une reconquête d’un « beau » universel.
Ici, ce corps à l’exact opposé des canons de beauté nous est montré sans égards, sans tentative de nous épargner. Car en effet, c’est là le magnifique basculement permis par Vanda Spengler : devant ces images, c’est nous qui sommes en danger, c’est nous qui nous trouvons honteux de percevoir ce corps comme « laid ».
La honte change de camps et nous regarde droit dans les yeux. Ce corps qui s’assume et met en scène ses marques, ses déformations, ses imperfections nous tend le miroir cruel et impitoyable de notre aliénation. Il n’est plus possible de fuir le constat que ce dégoût, cette honte sont en nous, ne parlent que de nous et que ce corps qui nous est montré est un corps comme les autres.
La mythologie de la perfection se brise avec fracas et nous laisse marqués et fascinés.
Ne reste alors que la sculpturalité de ce corps, cette aisance qu’il a à se montrer et cette soudaine évidence que tous les corps, sans parler de beauté, « sont » simplement et n’aspirent qu’à vivre plus libres et plus assumés. »


Par Clément Apffel