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« La description d’une pensée ou d’une action, écrit Dylan Thomas, peut être rendue familière en la rapportant au niveau physique. Toute idée intuitive ou intellectuelle peut être imagée et traduite en termes de corps – chair, peau, sang, muscles, veines, glandes, organes, cellules ou sens. »
Photographe fascinée par l’impénétrable cruauté des surfaces, Vanda Spengler s’en tient quant à elle à la peau. La peau comme cache et comme cadre ; la peau comme écran qui masque et révèle tout à la fois la cartographie intérieure de l’être.
Car c’est là que réside l’intention première de l’artiste qui, à travers ses Pietà Profanes, s’efforce de saisir, au plus près de cette bête mélancolique et nue qu’est le corps humain, la signature physique d’une détresse incalculable, écartelée entre Haut et Bas : d’un côté, la tension des muscles et des ligaments qui porte la gloire de l’être sous un ciel aux allures de publicité mensongère ; de l’autre, l’inévitable affaissement de la chair qui cède à l’appel de la Terre. Dès lors, séduits par la fraîcheur de l’ombre, la douceur des caveaux, des souterrains, il se peut que nous fassions une halte à mi-chemin, et que le monde se porte à notre chevet. Nos proches nous entourent, nous accompagnent – au moins du regard. Certains nous bercent. D’autres, peut-être, nous fermeront les yeux…
Et pourtant nous voyons : bien qu’en réunion, accolés ou enchevêtrés, les corps ne parviendront jamais vraiment à se mélanger. Ainsi commence l’expérience de la solitude – le seul infini véritable que nous ayons encore à notre disposition.

Par Sylvain Besnard